POUR JOUER A l'APPRENTI DETECTIVE

 

Mots Croisés : autour des DIABOLIQUES

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    Horizontalement. - I. Ce qu'est le film tiré de Celle qui n'était plus. - II. Ce que n'est pas le film tiré de Celle qui n'était plus. - III. Toutes les lettres de cette ligne forment ensemble l'anagramme du nom d'une des interprètes moins une lettre. - IV. Dans le nom d'un des interprètes ; la figure de Nicole l'est de façon admirable par Simone Signoret. - V. De droite à gauche, l'un des coupables. - VI. Dans le nom d'un des auteurs ; dans le nom d'un des interprètes ; phonétiquement, Nicole l'était. - VII. Sa présence eût fort nécessaire au chevet de Cristina. - VIII. De droite à gauche, serré sous l'eau par Nicole ; Meurisse en incarne un ignoble. IX. Le départ de Cristina équivalait à cela pour lui ; Clouzot parvient à en créer l'illusion de manière saisissante. - X. Le bagage de Nicole l'était au départ de Niort ; en un certain sens, Michel en était un.

    Verticalement. - 1. Dont le policier incarné par Vanel avait l'âme. - 2. Dans le nom d'une interprète ; Michel feint de l'être un peu avant le crime. - 3. Phonétiquement, exclamation poussée plus d'une fois par Cristina ; préfecture qui n'est pas celle où a lieu le meurtre, ni dans le film, ni dans le roman. - 4. L'un des diaboliques ; tel n'est pas le cadavre dans la baignoire. - 5. Telle la balle qui tombe dans l'étang ; ce que Nicole dut faire de sa malle d'osier. - 6. Finale doublée du nom d'un des interprètes ; ce que fit plus d'une spectatrice. - 7. Dans la baignoire ; ce que Cristina devait faire devant Michel. - 8. Célèbre Américain à deux têtes qui patronna aux USA les débuts de Boileau et Narcejac ; Cristina ne vit pas celui qui suivit le crime. - 9. Nicole souffle à l'oreille de Cristina que le meurtre de Michel fait cela ; eût été utile pour soulever la malle de Nicole. - 10. Tous les moindres détails du film et du roman.


  

CHERCHEZ LE COUPABLE

SUR LE SABLE

Il avait une cheminée trapue, cerclée d'une bande blanche, une passerelle massive, dominant presque la proue, ce qui lui donnait l'allure d'un bison. L'arrière s'effilait, sous les arceaux de la remorque. Les lignes d'eau, très pures, conduisaient le regard vers deux hélices brillantes qui semblaient prêtes à tourner. Il naviguait  déjà dans l'espace. On sentait sa puissance. On avait envie de le caresser. L'œil s'attardait sur chaque détail, reproduit avec une minutie maniaque: les dents du treuil, les minuscules échelles, les poignées des portes, pas plus grosses que des graines. Couché près de lui se trouvait l'appareil émetteur, semblable à un talkie-walkie.

Le Derf avait vu un jour à Paris, un modèle réduit ainsi piloté à distance et c'était troublant d'assister aux évolutions rusées de ce bateau d'enfant. Sur deux longues tables, d'autres  maquettes étaient exposées : pétrolier, bananier, escorteur, sous-marin,…Raoul Piétu travaillait à un paquebot quand la mort l'avait surpris. Le navire n'avait pas encore reçu ses superstructures. On apercevait, dans la cale, non pas une vraie machine mais des touffes de fils électriques.Tout autour dans l'atelier, il y avait des photographies représentant toutes sortes de bâtiments, anciens et modernes. De l'atelier, on descendait trois marches et l'on était dans le jardin. Encore une vingtaine de pas, et l'on s'arrêtait au bord d'un bassin ou Piétu faisait manœuvrer sa flotille. Le Derf tourna autour un moment, ruminant son affaire.
Elle avait commencé de la façon la plus banale, à Lesconil. Un pêcheur, qui s'apprêtait à partir à marée basse, avait découvert sur le sable, au pied de l'escalier du môle, le corps de Raoul Piétu. Il avait aussitôt prévenu la gendarmerie. Piétu était mort.

Le Derf n'avait nullement besoin de consulter ses notes ni de regarder les photographies prises par l'identité judiciaire. Sa mémoire était célèbre. Il revoyait le cadavre dans les vêtements gorgés d'eau. Piétu , qui habitait Brest, possédait une petite villa à Lesconil, ainsi qu'un voilier, un vrai, un grand, amarré non loin de l'endroit òu la mer avait laissé le corps. S'il n'y avait eu cette blessure à la nuque, on aurait tout de suite conclu à un accident. Piétu, trompé par l'obscurité, était tombé dans le port, en voulant rejoindre son bateau. Mais il n'y avait rien à quoi il ait pu se heurter et l'eau avait dû amortir sa chute. Enfin, la blessure faisait penser à un crime ; le coup avait été porté avec une grande violence, et sans doute à l'aide d'un objet très lourd. Non. Aucun doute n'était possible : Raoul Piétu avait été assassiné.

Une sale affaire, car Piétu n'était pas n'importe qui. En quelques années, au moment où les appartements se vendaient à des prix vertigineux, il avait ramassé une fortune dont on parlait en hochant la tête. Partout, dans le Finistère, on avait vu les panneaux : Entreprise Raoul Piétu. On avait fini par dire " un Piétu ", pour désigner un grand ensemble. Et puis, sentant venir la crise, Piétu avait tout vendu et vivait de ses rentes. Il n'avait pourtant que cinquante-cinq ans.

Le Derf revint dans l'atelier et s'arrêta, une fois encore, devant le remorqueur. C'était cela la passion de Piétu. L'homme du béton n'avait que des bateaux en tête. Durant les mauvais jours, il construisait, avec une patience d'horloger, ces modèles réduits. Dès que le soleil brillait, il filait à Lesconil, allait à la pêche.

Les clefs du mort étaient dans sa poche. Le Derf avait visité, à Lesconil, la petite villa, un peu à l'écart. Le garage abritait la moto de Piétu, une puissante Honda, que les gendarmes connaissaient bien car Piétu roulait toujours à tombeau ouvert. Le Derf avait interrogé Lobret, le plus proche voisin, un ancien capitaine au long cours qui n'aimait guère l'entrepreneur. " Ça portait une casquette d'officier… " Cette casquette mettait Lobret hors de lui. " Et ça voulait faire le jeune homme !… ", continuait Lobret, qui en laissait éteindre sa pipe.

Mais, au fond, Lobret ne savait rien. Il n'avait pas vu arriver Piétu, le jour du crime, ne l'avait pas vu ressortir. Il le croyait toujours à Brest. Tout ce qu'il pouvait affirmer, c'est que Piétu ne recevait personne et vivait comme un vrai sauvage.

Restait la famille, c'est-à-dire la femme et le frère de Piétu. Mais, avant de les interroger, Le Derf avait voulu attendre les résultats de l'autopsie. Ils avaient confirmé ses soupçons. Piétu, robuste et en parfaite santé, avait été assommé avec un objet contondant. Bien que mortellement blessé, il respirait encore lorsqu'il avait été jeté à l'eau. La mort était survenue entre vingt et vingt et une heures.

A Brest, Le Derf eut vite fait de rassembler des informations qui donnèrent un cours nouveau à son enquête. D'abord Piétu et sa femme étaient sur le point de divorcer. La procédure était engagée depuis un mois. Yvonne Piétu avait apporté à son mari une grosse dot. Sans ce capital, Piétu n'aurait pas pu lancer son affaire. Yvonne réclamait la moitié des biens et une forte pension alimentaire, mais le contrat de mariage était une source de difficultés inextricables.

Ensuite, le frère Patrice, plus jeune de cinq ans, était en procès avec Piétu. Il avait été son associé et, s'estimant lésé au moment de la liquidation, réclamait des dommages et intérêts. De ce coté-là non plus, les hommes de loi ne chômaient pas…

Le Derf ne put résister au plaisir de soulever le petit remorqueur et de le prendre contre lui, comme un animal familier. Il passait les doigts sur la lisse de la coque, palpait l'arrondi de l'étrave, tout en réfléchissant. Quel meilleur motif que l'intérêt ? Mais rien n'est plus menteur qu'un visage ! Yvonne avait quarante-six ans. Fluette, d'un blond fade, elle avait un air pensif et souffreteux, des yeux gris, une bouche mince. " La Paimpolaise ", s'était dit Le Derf. Mais une Paimpolaise vindicative, qui haïssait Piétu avec une espèce d'emportement sauvage, tout en dedans, comme un cancer.
Elle le traitait d'escroc, d'obsédé, de mégalomane, et elle souriait tristement, prenant l'inspecteur à témoin, lui racontant par le menu sa longue patience ; mais, comme elle surprenait parfaitement les arrières-pensées de Le Derf, elle répondait d'avance à ses questions, tout en étalant devant lui les malheurs de sa vie conjugale.

Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas revu son mari… d'ailleurs, elle l'évitait le plus possible… Le soir du crime, elle était chez elle… Toute seule, oui… Il y avait un programme intéressant à la télévision… Elle citait les acteurs… elle en faisait trop, au goût de Le Derf… Elle avait même tenu à lui faire visiter sa maison . Le Derf s'était arrêté devant la R16, au garage. " Elle me rend bien des services quand je vais à la campagne, avait-elle aussitôt expliqué . J'ai encore une petite propriété, près de Landevennec. Il n'a pas réussi à mettre la main dessus ! Ce n'est pas faute d'avoir tout essayé ! ".

Le Derf l'avait quittée, méfiant et un peu écœuré. A cause de ce bateau dont le bois tiédissait dans sa main, il se sentait de connivence avec le mort. Quand on fabrique de si belles maquettes, peut-on être un mauvais homme ?… Un pauvre bonhomme malheureux, plutôt, et rongé de solitude !…
Patrice Piétu ne ressemblait pas à son aîné. Il n'était pas du genre trapu, poilu, rustique. C'était au contraire un personnage soigné, élégant, qui habitait un studio d'où l'on découvrait la rade. On sentait à sa démarche le sportif, probablement le joueur de tennis, peut-être le cavalier. Il parlait du mort avec une sorte de pitié condescendante, comme si Piétu n'avait été qu'un contremaître bien doué. Les millions en litige… Bien sûr, c'était désagréable… à quoi bon parler de cela !… Du bout des doigts, il les écartait, comme il écartait la fumée de sa cigarette, une Craven puisée dans un étui de maroquin noir. Non, ce qui était déplaisant, c'était le relent de scandale… " Un homme dans ma position ne peut se permettre… Il y a des choses qui ne se font pas… c'est le procédé, vous comprenez ?… " Le Derf avait l'impression que des gifles mûrissaient dans ses mains. Mais il écoutait patiemment et regardait partout. Ameublement coûteux… quelques toiles modernes… un bar…
 
  • Votre belle-sœur ? 
  • Oh ! Une garce, inspecteur, permettez-moi le mot. Ils faisaient la paire. 
  • Vous saviez que votre frère avait l'intention de se rendre à Lesconil ? 
  • Non. Nous ne nous fréquentions plus. 
  • Qu'avez-vous fait, le soir et la nuit en question ?… Simple routine, n'est-ce pas.

Patrice ne se formalisait pas, entrait tout de suite dans les détails : dîner à l'hôtel de l'Ecu ; puis bridge chez des amis… facile à vérifier. C'était chez Me Hureleau, son avoué. On s'était séparé vers deux heures du matin.
Et comme il pleuvait, une rapide averse de suroît ou traînaient des rayons de soleil, Patrice Piétu avait ramené Le Derf à son hôtel, dans son break Simca.

Le Derf était sûr que Patrice n'avait pas menti. Pourtant, il avait vérifié. Patrice avait quitté l'hôtel de l'Ecu vers vingt heures trente ; une demi-heure plus tard il sonnait chez les Hureleau…
Depuis, Le Derf tournait en rond. Il était impossible qu'entre la fin du dîner et le bridge, Patrice ait pu… Il y a cent cinq kilomètres de Brest à Lesconil, deux cent dix aller et retour !Le Derf connaissait bien le trajet ; il comptait trois heures.

L'inspecteur avait ensuite interrogé la vieille femme qui venait, chaque matin, faire le ménage de Piétu. Mais elle ne savait rien. Le jour du drame, elle n'avait pas vu Piétu, qui était enfermé dans son atelier. Il ne lui faisait d'ailleurs jamais part de ses intentions.

De nouveau, Le Derf évoquait le noyé de la morgue, avec son gros tricot bleu et son pantalon de velours gorgés d'eau ; ses souliers devenus durs comme de la tôle… Le médecin légiste était formel : mort survenue entre vingt et vingt et une heures, sans erreur possible.

Alors ?… L'alibi d'Yvonne Piétu n'était pas contrôlable, mais elle n'aurait jamais eu la force de porter un coup aussi violent. Patrice, lui, en était certainement capable, mais il était à Brest à l'heure du crime. C'était prouvé. Admettre qu'ils étaient complices ? A première vue, cela semblait ne mener nulle part. Et puis, ils se détestaient. C'était visible.

Le Derf devait s'avouer vaincu. Il avait beau errer dans la maison du mort, flairer, fouiner ; il ne trouvait aucune explication. Allons, le moment était venu de rédiger son rapport ; un vrai bulletin de défaite.

Il soupira et remis le remorqueur sur son support, puis il descendit encore une fois au jardin. S'il avait osé, il aurait fait naviguer, à son tour, le magnifique bateau. Il voyait Piétu commandant les manœuvres… A tribord toute… En arrière, doucement…

Il referma la porte de la rue. Longuement, d'une voie tragique, une sirène appelait. Et soudain, il comprit… Bien sûr !… C'était çà !… Il suffirait d'une toute petite analyse ! Il courut vers sa voiture. 


Avez-vous trouvé vous aussi ? Non, alors allez à solutions.

A suivre

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